(Narrateur) - C’est lundi matin. C’est un lundi doux et fraîchement visité par la rosée. La brise souffle, doucement, pour ne pas déranger. La ville n’en est pas encore au réveil: certains travaillent déjà, mais d’autres dorment encore… Pour une énième fois, aujourd’hui, dans ce petit bureau situé sur la Grande Rue – ce bureau petit mais chèrement meublé -, deux âmes se rencontrent…
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(Le psy) – Comment va la vie aujourd’hui?
(Le client) – Comment va la vie? Quelle vie? Vous voulez dire: ”comment va l’instant”…
(Le psy) – L’instant?
(Le client) – Tout à fait, l’instant! Je m’explique: D’un point de vue statistique, si je travaille huit heures par jours comme le font la plupart des gens, un peu après l’âge de la retraite, j’aurai travaillé un tiers de ma vie. Si je tiens compte en plus, des huit heures par jour que je dors en moyenne, je peux dire sans grands risques de me tromper, que j’aurai dormi un autre tiers de ma déjà trop courte vie. Alors au bout du compte, qu’est-ce qu’il me reste? Un tiers. Un malheureux fichu tiers.
- Les médecins ont parfois la lourde tâche d’annoncer à leurs patients qu’il ne leur reste que 6 mois, ou 3 mois ou tant de jours… Mais personne ne vous dit jamais à votre arrivée dans ce bas monde trop bas, qu’il ne vous reste qu’un fichu tiers à vivre! Vous me suivez?
(Le psy) – Je vous suis.
(Le client) – Je poursuis donc: De ce malheureux fichu tiers qu’il me reste à vivre, si je déduis toutes les heures supplémentaires travaillées, les pertes de temps, les jours de peines, d’échecs, les jours sans argent, les opportunités manquées, les jours passés en prison – euh… oui, j’ai fait un peu de prison… -, les jours plongé dans le doute face à l’avenir, à l’amitié, à l’amour… et encore tous ces jours que j’ai oublié – peut-être parce qu’ils n’ont servi à rien -, n’ai-je pas raison de dire que la vie n’est en fait qu’un instant, un instant bref, un fichu malheureux tiers d’instant trop bref?!
(Le psy) – Avez-vous des regrets?
(Le client) – (silence) … Je crois que je regrette de ne pas avoir vécu autrement, de ne pas avoir vécu pleinement… Je ne dis pas que tout a été gâchis; seulement, je n’aurais pas des années durant léché les bottes de mes patrons, négligé ma santé pour financer une maison… J’aurais travaillé à mes rêves, à ceux qui ne coûtent rien d’abord, puis à ceux qui coûtent, mais qui valent plus que l’or… J’aurais aimé ma femme, mes enfants bien plus fort… J’aurais condamné les choses condamnables, détesté les choses détestables, plutôt que de les accepter à tort… J’aurais voyagé, J’aurais été au musée, à Québec, à l’église. L’église… (silence)
- Je pourrais aller à l’église, faire la paix avec Dieu… on m’a dit qu’il peut y changer quelque chose… aux statistiques. Si c’est vrai, j’ai peut-être une chance de tout recommencer.
- Vous m’écoutez toujours? (silence) …
- Vous pleurez?!…
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25 juillet 2009 at 17:26
Wow… Ok. Cette courte histoire est fantastique. Ça fait réfléchir au max.
6 août 2009 at 15:31
Se perdre dans l'instant et le vivre! La pleine conscience
) Ceci fut comme un rappel à l'ordre pour moi.
27 août 2009 at 14:05
C’est vraiment bien écrit! Et c’est vrai. Mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec lui. À part le sommeil et les moments de pure perte de temps tout le reste fait bel et bien parti de la vie même si ce n’est pas le plein bonheur.
Et puis, quand on fait un métier qu’on aime et/ou qui a un impact positif sur notre environnement ce tiers là est aussi à inclure dans les bonnes choses de la vie. Non?
5 mars 2010 at 19:54
C’est songé , mais si simple à la fois! C’est vrai que si comptes tout ce qu’on fait dans une journée…parfois il ne reste plus beaucoup de temps pour nous-mêmes, pour notre âme ,quoi!
8 mai 2010 at 17:42
Je n’ai pas de mot, j’ai été pris dans cette histoire, c’est fou et c’est vrai ca fait réfléchir wow