Frenkenstein (1e partie)

Toc, Toc… Toc!

(Mme Guérin ouvre la porte)

- Bonsoir m’dame Guérin… Nathan est là?

- Dans sa chambre, tu peux y aller, mais évitez de faire du bruit, notre invité est couché dans la pièce d’à côté…

- Eh Nat’ ! Alors, ce type… du nouveau?

- Pas vraiment. Même qu’on ne connait toujours pas son nom.

- Et l’hôpital vous a laissé le ramener chez vous?!

- Papa leur a fait croire qu’il était de la famille, un cousin éloigné… Il dit qu’il a quelque chose de spécial, alors on le garde jusqu’à ce qu’il soit remis sur pied. Je ne serais même pas surpris qu’il reste à la maison jusqu’à ce qu’il ait retrouvé la mémoire. Tu connais mon patoche, c’est mère Thérèsa avec une moustache

- Ça alors! Tu me tiens au courant hein! Je veux tout savoir…

- Ok, mais tu n’en parles à personne, on pourrait avoir des problèmes.

- Y a pas d’danger, tu m’connais.

- Justement…

Les Guérins sont loin de se douter que leur existence va bientôt être bouleversée. Après quelques jours passés en compagnie de leur invité, cet invité sans nom, personne n’a rien remarqué. Personne sauf peut-être Nathan, ce petit curieux à qui peu de choses échappent. Il voit tout ou presque, même quand il n’y a rien à voir:

À l’heure du souper, l’invité sans nom a tardé à sortir de sa chambre. C’était louche. Qu’est-ce qui pouvait bien le retenir dans cette chambre meublée d’un modeste lit et d’une table à café sur laquelle il n’y a jamais de café, puisque les Guérins n’en boivent pas? Aussi, il n’y a dans cette chambre d’ami, ni tableaux, ni livres, ni miroir, ni radio… elle a comme seule décoration un rideau fait à la main que papa a hérité de sa tante: la vieille Guérin. Elle aurait put passer pour une sosie de la Reine Élisabeth si la vie ne l’avait pas autant malmenée.

- Six minutes à attendre quelqu’un qui devrait à cette heure, être aussi affamé que moi, c’est clairement six minutes de trop, pensait Nathan… C’était louche!

Alors qu’ils mangeaient tous silencieusement à table, chacun feignait de ne pas l’observer, ce que l’invité avait bien remarqué, mais il ne s’en préoccupait pas, car lui aussi feignait… Puis Patrice -patoche pour les intimes- brisa la glace:

- Alors… avez-vous une idée d’où vous venez?

L’homme se contenta de diriger vers Patrice son regard, dans lequel il n’y avait aucun indice de réponse.

- J’ai pensé qu’on pourrait vous donner un nom, reprit le chef du foyer. Je veux dire, jusqu’à ce que vous vous souveniez…

- (silence)

Madame Guérin regardait son époux en secouant subtilement la tête. Elle était visiblement gênée.

La glace en quelque sorte brisée, Nathan sauta à l’eau:

- Et si on l’appelait Frenkenstein?!

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